Sous un régime totalitaire, dans une usine qui produit des bombes, un homme, pour sauver une vie, fait acte de résistance. Alors que le régime veut éradiquer la culture, cet ouvrier va se faire un devoir de la transmettre. Convoquant visuellement aussi bien les Temps modernes de Chaplin que les dessins de George Grosz, Fabrica présente un monde imaginaire en prise avec une dictature impitoyable, qui rappelle à notre mémoire les pires moments de notre Histoire, de l’Allemagne nazie à l’Afghanistan des Talibans, en passant par la Russie stalinienne.Après Priape et Divine Colonie, et toujours fidèle à sa narration dénuée de texte et à son intérêt pour l’Histoire avec une grande hache ( comme le disait Georges Perec ), Nicolas Presl signe une fable humaniste dans laquellel’espoir ne surgira qu’à travers la désobéissance individuelle.
La mort, un moment difficile qui n'arrive qu'une fois dans la vie. Sauf pour Benny. Et donc : Benny est mort. Quelle déception. Benny est hyper déçu par la mort : comment aurait-il pu imaginer que la mort, c'était un truc aussi nul ? En attendant le tunnel - celui avec la lumière au bout - Benny entend des voix, car on discute au-dessus de sa tombe. Benny est désormais une icône de la révolution - mais qu'est-ce qu'une révolution, quand elle devient un argument commercial, ou le sujet d'un blockbuster ? Et peut-on attaquer le système depuis l'intérieur ? se demande un étrange trio en conciliabule dans le cimetière.En parallèle, on suit Morgane Néville, l'écrivaine de science-fiction (et avatar de l'auteur ? ), qui poursuit un Benny apparemment toujours bien vivant... Benny, c'est le jouet le plus fou que s'offre ponctuellement Baladi, ce grand bidouilleur de forme, qui trouve dans ce personnage un peu pathétique un magnifique vaisseau pour aborder bien des sujets. Ici : la page blanche, la culture populaire, la récupération des idéaux, et bien d'autres choses, dont, encore et toujours, la quête de l'amour.Le monde se divise en deux : ceux qui lisent Benny, et ceux qui ne le lisent pas ; ceux qui savent, et les autres... les pauvres ! Bah, tant pis pour eux...
Dans ce premier tome de Quitter la ville, Kim Su-bak devient Chamallow pour mieux revenir sur un moment de vie, entre été et hiver. Page après page, il nous invite dans le récit de son errance, dans cette société qui lais se bien peu de marche de manoeuvre à une jeunesse qui éprouverait le désir de se chercher, avant de se lancer à corps perdu dans le monde du travail et une incontournable vie de couple.Dans cette culture de la réussite, on aperçoit vite les premières failles, celles sur le dos des buildings aperçus de la voie de chemin de fer, celles dans l'entourage de Chamallow, entre drames familiaux, alcool et jeu d'argent. Comment se débattre entre ces deux lignes de conduite?? Comment se débattre à Séoul??Faut-il, comme son ami Chilchil, quitter la ville. Ou rejoindre les nogada, cette famille pleine de secrets qui, pour quelques wons et un bol de nouilles, usent leurs mains aux durs labeurs.Le temps d'un voyage jusqu'à Dabudong, Chamallow laisse libre cours à ses pensées. Comme dans une séance d'association libre, un fil se trace entre les souvenirs, récents ou vagues, les vieux amis, les premiers amours, les nouvelles r encontres, les gens que l'on croise un jour, par hasard, dans un train. Se dessine une véritable interrogation du quotidien pour mieux interroger la vie.
Bien plus qu'un trip nostalgique façon c'était mieux avant, Gilbert Hernandez se replonge dans ces années qui l'ont vu grandir et l'ont marqué à jamais, les an-nées 60. L'auteur délaisse alors les personnages de Palomar pour un récit partiel-lement autobiographique, où des enfants se croisent et s'amusent, se battent et tombent amoureux, exposent avec le plus grand sérieux leur passion pour la bande dessinée et les séries télé. Gilbert Hernandez nous offre une galerie de personnages aussi attachants que surprenants, de Lana le garçon manqué à Lucio l'hystérique, en passant par Suzy la mangeuse de billes et Huey le collectionneur compulsif de comics. Mais le vrai héros de ce livre est peut-être cette culture typiquement américaine, faite de comics de super-héros, de séries B et de cartes à collectionner, toutes ces influences qui ont nourri l'imaginaire du jeune Gilbert, et auxquelles il rend hommage dans cette Saison des Billes. Et si cette oeuvre est clairement redevable à une certaine époque, elle touche pourtant à l'intemporel, quand les dilemmes des enfants d'hier et d'aujourd'hui résonnent à l'unisson, quand la naïveté de l'enfance se confronte avec l'âpreté de l'âge adulte. C'est donc un livre généreux, drôle et touchant que nous offre ici le génial co-créateur de Love & Rockets, et sans aucun doute l'un de ses meilleurs.