Le livre par lequel hugues micol avait fait son apprentissage de la bande dessinée, s'ouvrait sur un homme avalant un poisson et s'achevait, au bout d'une poursuite insensée, devant l'encombrant cadavre de poséidon.Depuis, les initiés attendaient, le coeur battant et les mains moites, la suite de cet ovni du 9e art, beau comme la rencontre de ganesh et d'un yakuza sur un étal de poissonnier.Séquelles nous entraîne encore plus loin dans la folie d'un tôkyô factice et décalé, où les monstres se multiplient à la façon des poupées russes. poissons volants, sirènes nymphomanes, lascars et merlans humains, la marée hésite entre burlesque et hallucination.Un homme découvre qu'un sixième doigt lui a poussé pendant la nuit. c'est un piège mortel que le karabouchi tend à l'espèce humaine. savants chauves et flics stoïques n'ont plus qu'une heure pour sauver la civilisation...Tel un torrent déchaîné, séquelles bouscule les mythologies, son dessin illuminé convoquant, entre divinitéset gangsters, les ombres de jack kirby et akira kurosawa. puisant sa verve hilarante dans des délires coupables et empoignant sa création à bras le corps, micol vocifère, s'esclaffe, et éclabousse le lecteur de son talent jubilatoire.
Bob & Harv signe la rencontre légendaire de deux titans de la bande dessinée, Harvey Pekar au scénario et Robert Crumb au dessin, unis dans le désir commun de nous conter les merveilleuses aventures d'Harvey Pekar.Enfin, comme le dit Crumb, ces 'aventures', ce sont surtout des gens qui causent ou un Pekar qui harangue son lecteur impuissant case après case après case.Allongé sur le divan qu'il s'est fait livrer à domicile, Pekar nous parle de ses problèmes dans des saynètes autobiographiques ce que l'on appelle communément 'tranches de vie'. Ces journées qui défilent les unes après les autres avec pour unique décorum Cleveland, cette ville industrielle qui ne s'est jamais vraiment remise de sa grande dépression. Une ville où l'on se pèle le cul en attendant le bus qui n'arrive pas.Exit le glamour, le piment, l'héroïsme ! Dès la fin des années 70, Pekar invite la vraie vie à la table de la bande dessinée, sans emphase, avec juste ce qu'il faut d'humour, d'absurdité et d'ironie. Scénariste hors pair, Harvey Pekar influencera toute une génération d'auteurs américains qui se tournèrent vers l'autobiographie.Bienheureux furent ceux qui témoignèrent des obsessions maniaco-dépressives d'Harvey Pekar !
Alors qu'il campe tranquillement en forêt, Fongor Fonzym, spécialiste des morts inexpliquées, est témoin d'un phénomène atmosphérique embarras- sant : un nuage se déplace à une allure anormalement modérée.Le cumulus aurait-il un lien avec l'apparition d'étranges raisins poitreux sur les arbres ? La présence fortuite de ces fruits de l'espace serait-elle res- ponsable des nombreux corps tractés et privés de têtes retrouvés dans la nuit ? À qui appartiennent ces cosses de cacahuètes tombées du ciel ? Pour résoudre ces mystères indicibles, Fongor retrouve ces deux acolytes fétiches, les jumeaux gréco-romains mutants Chris et Félicien Thémistecle. Le trio de choc mène l'enquête, bien décidé à trouver la raison de ces décapitations intempestives. Armés de la technique de disproportionnalisation corporelle de Fongor et du pouvoir de voix psychique de Chris, rien ne pourra leur résister !Toutes aussi savoureusement absurdes que dans le premier volume, les péripéties de nos trois amis d'aventure nous entraînent dans un délire hila- rant à base de gant de toilette rempli de purée et de pickpocket mental. Un ouvrage qui prouve une fois de plus le génie comique de Pierre La Police !
Un homme avait trois fils : le premier, Bird, avait les yeux noirs d'un oiseau, le second, Twombly, deux longues lances de bois en lieu de bras et le troisième, Horn, dissimulait sous sa capuche rouge un visage recouvert de poils.À la manière du Petit Poucet de Perrault ou de Hansel et Gretel des frères Grimm, le récit s'ouvre sur un abandon. Mais sur cette île déserte, c'est un homme âgé à la barbe blanche qui est abandonné, les mains menottées à une lourde pierre plongée dans la mer.Un Père Vertueux raconte dans un long flashback épique la vie des garçons et de leur père avant qu'ils ne décident de l'abandonner sur une île déserte. La lutte qu'ils doivent mener pour survivre dans une ville hostile, entourés d'adolescents cruels et d'adultes menaçants, les oblige à s'endurcir. Mais le rêve ni l'unité parviendront-ils à les protéger de la malédiction familiale qui les accable.?Peintre des cauchemars, des pulsions inavouées et des troubles de l'adolescence, Ludovic Debeurme signe, avec Trois Fils et Un Père Vertueux, un diptyque troublant et puissamment original. Puisant aux racines de son histoire personnelle et des contes qui ont construit l'humanité, il délivre ici des pages de bande dessinée somptueuses et fascinantes qui le voient évoluer au sommet de son art.
Sur le pont d'un baleinier, l'équipage scrute l'horizon, plongé dans une attente mortifère.Malgré des semaines en mer et la certitude de tenir le bon cap, les proies ne se montrent toujours pas. Désespéré, le capitaine est sur le point d'abandonner cette désastreuse campagne de chasse, quand la découverte au pas de sa porte d'une dent de cachalot gravée coïncide avec l'apparition d'un banc de baleine.La chasse commence et la chance semble tourner. Les baleines sont là tous les matins, les cales se remplissent de graisse et régulièrement le capitaine trouve une nouvelle dent, ornée de créatures marines fantastiques.Au cours de ces chasses, un harponneur au visage impassible s'illustre. D'une adresse remarquable, il gagne la confiance du capitaine et de ses seconds ainsi que le respect de l'équipage. Mais son attitude placide face aux événements va bientôt déstabiliser le fragile équilibre qui règne à bord. La hiérarchie est mise à mal lorsque les marins passent de l'admiration à la vénération pour le harponneur : c'est lui qui grave les dents de cachalots.Aveuglé par l'appât du gain et la volonté de rentrer au port les cales pleines, le capitaine s'apercevra trop tard du changement qui s'opère au coeur de son équipage.Les funestes présages qui apparaissent sur chaque nouvelle dent, chaque fois plus terribles, se confondront bientôt avec la réalité.
Jamais, depuis Quichotte et Panza, ou Laurel et Hardy, on ne vit un couple de héros aussi mal as-sorti. Fuzz est un nounours, battu et jeté à la poubelle par un sale gamin. Coq d'élevage, plumé et promis à l'abattage, Pluck est en cavale. L'un est aussi craintif et passif que l'autre est arrogant et agressif. Débutée dans une benne à ordures, leur histoire prend la forme d'un roman picaresque, à la façon de L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche ou des Aventures de Huckleberry Finn.Leur route croise celles d'un singe zen, d'une végétarienne folle, de Lardass, roi du sandwichau lard, de la belle Glibbia, directrice d'une équipe d'animaux gladiateurs, ou de Sourpuss, citron mâtiné de mouche, produit d'une expérience scientifique aberrante. Ces créatures improbables arpentent la scène d'un petit théâtre de fête foraine, avec ses décors de carton pâte et sa toile de fond qui représente une Amérique miteuse, envahie par les détritus, un pays à la fois familier et étrange, à qui le trait épuré et le noir et blanc de l'auteur donnent un air d'évidence.Si l'homme y est un loup pour l'homme, et les bêtes à plume, à poil ou en peluche, la violence reste burlesque. Et le lecteur peut rire des mésaventures de Fuzz et Puck, comme il rit de celles des vagabonds de Beckett.
3, le livre par lequel Hugues Micol avait fait son apprentissage de la bande dessinée, s'ouvrait sur un homme avalant un poisson et s'achevait, au bout de 160 pages d'une poursuite insensée, devant l'encombrant cadavre de Poséidon.La suite, Séquelles, nous entraînait encore plus loin dans la folie d'un Tokyo factice et décalé, où les monstres se multiplaient à la façon de poupées russes.Avec Tumultes, les sirènes nymphomanes et les divinités hostiles viennent ravager un monde hésitant entre burlesque et hallucination, pour nous donner l'un des plus beaux ovnis du 9e art.Hugues Micol bouscule les mythologies et les codes graphiques, son dessin illuminé convoquant, entre divinités et gangsters, les ombres de Jack Kirby et Akira Kurosawa. Puisant sa verve hilarante dans des délires coupables et empoignant sa création à bras le corps, Micol vocifère, s'esclaffe, et éclabousse le lecteur de son talent jubilatoire.3 était une performance graphique, superbe chorégraphie muette et improvisée.Séquelles reprenait le même motif en dotant les personnages de la parole et en offrant du sens et de l'humour à cet univers sous acide. Tumultes va plus loin et réussit la prouesse d'emboîter a posteriori chaquedétail, transformant ce qui ressemblait à un délire en un récit à la logique implacable. Un coup de maître.
Ce premier volume de l'anthologie que Cornélius va consacrer aux nouvelles de Yoshihiro Tatsumi présente vingt-trois histoires écrites et dessinées au cours des décennies 1960-1970.Fidèle à sa volonté de montrer la réalité du quotidien, si dure soit-elle, selon les principes du gekiga (dessins dramatiques) qu'il développe à la fin des années 1950, Tatsumi décrit dans ses histoires courtes toute une galerie de petites gens :Travailleurs en usine, éboueurs, prostituées, mendiants ou paumés en tout genre, dans un monde en crise encore marqué par les stigmates de la guerre et le fascisme.Fidèle à son maître Honoré de Balzac, Tatsumi décortique impitoyablement ses semblables, dépeignant les passions et les illusions qui font battre les coeurs humains. Ses personnages, auxquels il prête souvent ses propres traits, se heurtent aux murs de leur propre existence, attendant d'être broyé par une société qui a perdu toute forme de mansuétude et n'offre plus aucun salut.Les éditions Cornélius entreprennent avec ce volume de faire paraître la plus grande anthologie jamais réalisée de l'oeuvre de Yoshihiro Tatsumi pour permettre enfin que soit mieux connu le travail de ce géant du manga, trop tardivement honoré dans son pays.
Au terme de sa rupture avec Sook Yin Lee, Chester Brown décide qu'il ne veut plus de petite amie. Trois ans d'abstinence plus tard, il décide de sauter le pas et de fréquenter les prostituées. Cet album évoque chacune des vingt-trois filles avec lesquelles l'auteur a eu des relations sexuelles tarifées entre 1999 et 2010. Souvent drôle, toujours lucide, ce journal debord d'un micheton offre un tableau saisissant de la prostitution contemporaine, que le talent de son auteur exempte de tout voyeurisme ou sensationnalisme. S'il ne montre jamais le visage de ses partenaires, et préserve leur anonymat, Brown s'efforce de rendre aussi fidèlement que possible et leurs corps et leurs conversations. Il décrit le métier de la prostitution et les relations entre les filles et leur client avec une honnêteté et un recul dignes d'éloge. Dessinant crument mais sans misérabilisme les matelas à même le sol et les préservatifs, il alterne les scènes les plus prosaïques, qui posent la question du pourboire ou de la véracité des photos sur les sites d'escort-girls, avec des séquences où il confronte ses vues à celles de ses amis et confrères, Seth et Joe Matt. Le trait est à l'unisson du récit : sec, sobre et ironique. Son expérience et sa réflexion personnelles amènent Brown à conclure par un plaidoyer argumenté pour la disparition de la monogamie possessive et la libéralisation de la prostitution.
En 1917, Mac Orlan imagine qu'un sous-marin, le U-713, chef d'oeuvre de technologie militaire allemande, devient fou et échappe au contrôle de son commandant, le Capitaine Karl. Lointain ancêtre de l'ordinateur de 2001 L'Odyssée de l'espace, cet « hyper-poisson créé par la science allemande et dont l'existence sera niée par les générations futures, les extraordinaires et merveilleuses générations futures », tue son équipage et disparaît dans les profondeurs du golfe du Mexique pour s'y reproduire. La guerre est devenue un affrontement d'usines et n'admet, selon Mac Orlan, que trois types de combattants : ceux qui fabriquent les obus, ceux qui les envoient et ceux qui les reçoivent. Le progrès, tant vanté au début du siècle, aboutit à ce désastre que l'humanité crée les machines qui la détruise. Ramenés au rang de simple matière première, comme l'acier ou le charbon, les hommes alimentent l'absurde machine guerrière avec leur sang. La science se révèle homicide. Roman fantastique, ironique et inquiétant, U-713, ou les gentilshommes d'infortune affirme la mort de l'Aventure. Le dessin de Bofa n'a plus l'insouciance de l'avant-guerre. Il se fait plus mélancolique et plus complexe. U-713 marque le glissement de l'imaginaire de l'artiste vers le fantastique et l'inquiétude. Quand il ne dessine pas des corps difformes ou mutilés, Bofa montre des équipages de squelettes ou des noyés tenant commerce au fond de l'océan.
Le deuxième tome de l'anthologie consacrée à pepito arrive à la rentrée !Hissez les voiles moussaillons et mettez le cap sur l'île des surprises !Le port de Rapallo connaît au 16e siècle les incursions des barbaresques. Il est donc tout naturel que l'univers des marins et des pirates fascine Luciano Bottaro.Son crayon donne vie à Aroldo le Boucanier, au capitaine Bomba, au mousse Tim et à bien d'autres marins funambulesques sillonnant une improbable mer des Caraïbes. Pepito naît en 1952. Il est vite adopté par l'éditeur français Sagédition, qui publie à partir de 1954 une revue éponyme. Combattant pour la justice, le petit corsaire commande le navire La Cacahuète et son équipage de matelots excentriques, amateurs de rhum et de tafia, de ducats et de doublons.Leurs aventures se déroulent dans des Caraïbes imaginaires, quelque part entre l'île de Pâques et Hispaniola, et plus précisé- ment à Las Ananas, possession du roi Alonzo XXXIV. Arborant le Jolly Roger, Pe- pito se montre fidèle à l'idéal libertaire des gentilshommes de fortune et ridiculise les ineptes représentants de l'autorité, qu'ils soient roi, officiers, nobles, fonction- naires, médecins ou scientifiques.Bottaro donne ici une interprétation souvent ironique, toujours joyeuse et bur- lesque, proche de la commedia dell'arte, des récits de Stevenson ou de Salgari, et des grands films qu'ils ont inspirés dans les années 40 et 50, de Capitaine Blood à L'île au trésor.
Les bébés ne naissent pas dans les choux ; les grands-mères vont les voler dans la forêt.Mais pas n'importe laquelle ! Une forêt fertile, où animal et végétal fusionnent en créatures incertaines ; une forêt magique, où les fleuves fécondent les fillettes et où Karl Jung donne sa langue au chat du Cheshire. Nous sommes au pays des fées, avec ses sorcières et ses cabanes mystérieuses, au pays des poupées, avec ses petites maisons et ses homuncules. L'âge, le sexe, rien n'est fixé. Nous sommes dans l'imaginaire d'une enfant qui tente, avec ses livres et ses jouets, de s'expliquer le monde incompréhensible des adultes.Libérée des codes de la bande dessinée, Fanny Michaëlis réinvente les images délicieusement inquiétantes de Dulacou Rackman, qui illustraient jadis les Contes de Perrault ou Les aventures d'Alice au Pays des Merveilles. Son histoire déroule ses épisodes oniriques dans une ambiance feutrée, douce et mystérieuse. Peu de textes, car le dessin dit tout, odeurs, sons et couleurs. Sortis de la forêt, les bébés se reposent un peu, sur un petit lit de fer, dans le confort rassurant du ventre maternel.Vient le moment de naître et de perdre sa barbe, de vieillir et de perdre ses cheveux. Le père se métamorphose en son fils. LE fils se métamorphose en son père. Et déjà il faut retourner dans la forêt pour y mourir ou y renaître. Ainsi va la vie, en un cycle sans fin.
Quand il ne réinvente pas le New York des années 50 ou le Hollywood des années 70, Harkham situe ses récits dans un territoire vague, à une époque incertaine. Là, il peut animer librement les créatures de son imagination, voire se rêver d'autres vies, dans la peau d'un Napoléon, dessinateur inquiet, ou celle du scribe besogneux d'un shtetl d'Ukraine. Les comics se rapprochent ici du poème ou de la nouvelle. Histoire et dessin reposent sur une économie de moyens volontaire et un sens aigu de l'ellipse. L'apparente facilité ou banalité du trait est délibérée. Harkham utilise les limitations et les codes visuels du genre pour développer un dessin clair, lisible, dépourvu d'artifices et faisant un usage minimaliste de la couleur, mais d'une grande densité. Chaque case, aussi simple qu'elle paraisse, contribue à la subtilité et la charge émotionnelle du récit. Ce contraste entre le dépouillement du trait et la puissance de l'émotion rappelle la manière de Schultz. Mais l'humour et la fantaisie chez Harkham s'accompagnent d'une vision sombre et sans complaisance de l'humanité. L'inassouvissement, la frustration sexuelle, l'inquiétude métaphysique menacent à chaque instant de noyer les dessins sous un flot de sang noir. Et Harkham de citer, parmi les artistes dont il se sent proche, ces autres visionnaires ironiques que sont Knut Hamsun, Charles Willeford, Will Oldham ou Léonard Cohen.
Les hommes, dit-on, aiment à se vanter de leurs prouesses amoureuses, fournissant ainsi une matière iné- puisable aux brèves de comptoir et autres histoires de vestiaire. Mais que se passe-t-il en réalité, quand ça se passe mal ? Drague lourde, panne, maladresse, râteau, incompatibilité d'humeur, fiasco et embarras en tout genre, tout ce dont on ne parle jamais par crainte du ridicule. Ratages de couples ou de rencontres, la panade n'a pas de fin.Avec humour et précision, Cul nul total enchaîne sans faiblir les scènes d'une comédie dans et autour de nos lits. Véritables contes modernes du sexe ordinaire, ces histoires d'échec et de déconfiture reflètent la frustra- tion d'une époque où l'épanouissement sexuel fait parti intégrante de la réussite sociale. Pourtant, malgré l'abon- dance de conseils délivrés par une foule de spécialistes (de la presse féminine aux sexologues aguerris), force est de constater quela jouissance est une quête semée d'em- bûches. Et si finalement, le « cul nul » n'était qu'un passage inéluctable de cette recherche du bonheur parfait ?À travers cette collecte d'histoires vécues, les autrices livrent une chronique sans concession de la vie sexuelle des français, qui nous débarrasse définitivement de l'em- barras. N'ayez plus honte, vos voisins sont pires que vous, ou en tout cas pas meilleurs. Fanny Dalle-Rive et Anne Baraou ont enquêté pour notre plus grand plaisir, celui d'en rire.
Grièvement touché aux jambes le 7 décembre 1914, lors d'une patrouille dans le secteur du Bois-le-Prêtre, Bofa refuse de se laisser amputer. Trimballé d'une ville l'autre, d'un traitement l'autre, il endure la promiscuité de l'hôpital jusqu'à sa démobilisation en novembre 1915.Deux ans plus tard, alors qu'il commence à peine à remarcher, soutenu par des béquilles, il s'offre le luxe de dénoncer, en plein conflit et malgré la censure, le sort que le service de santé réserve aux blessés confiés à ses soins.A la fois témoignage et pamphlet, Chez les Toubibs paraît en décembre 191Z Qualifié par Roland Dorgelès de béquille lancée dans les jambes des majors, cet album raconte le quotidien des hôpitaux militaires, univers absurde où l'on rafistole le bétail humain pour le renvoyer à l'abattoir.Dépassé par l'ampleur de la catastrophe, le personnel de santé vaque benoîtement à sa besogne. Cynisme ou indifférence, les toubibs refusent d'avouer leur faillite. loin du cliché des infirmières sémillantes et des chirurgiens dévoués, Bofa décrit un système qui transforme les blessés en cobayes livrés à l'arbitraire des majors.Les insuffisances et les errements du service de santé resterant longtemps un sujet tabou. Il était plus que temps de rééditer un livre cruel, qui pourrait avoir en exergue la phrase de Louis-Ferdinand Céline: «Je n'ai pas toujours pratiqué la médecine, cette merde. »
Un livre polémique sur la place des femmes dans un texte mythique. La Bible comme vous ne l'avez jamais lue.Chester Brown se plait à bousculer les idées préconçues et la bonne morale, il le prouve une fois de plus avec ce recueil insolite. Reprenant l'un de ses sujets favoris, l'auteur de Vingt-trois prostituées s'attaque au livre le plus vendu au monde pour mieux révéler l'importance du travail sexuel dans la Bible.Avec le style si caractéristique qu'on lui connaît ILe P/ayboy, Ed the Happy clown), le canadien livre une interprétation personnelle de ce texte mythique en effectuant un focus sur le rôle des femmes. Bethsabée, Ruth, Rahab, Tamar, Marie de Béthanie ou encore la vierge sont au centre des neuf histoires qui composent l'ouvrage, les destins croisés de ces icônes viennent souligner les analogies actuelles entre religion et prostitution.Subversif et controversé, Chester Brown provoque l'intérêt en produisant une oeuvre qui immerge immédiatement le lecteur dans son propos. Loin des banalités et de la dédudion naïve, l'auteur prend soin d'appuyer son raisonnement avec de nombreuses sources qu'il retranscrit sous forme de notes très détaillées.DeCaïn et Abel à l'avènement du fils prodige, Brown réalise un véritable travail de passion ét signe un livre hautement addictif qui promet une sortie fracassante!
Un macaque défoncé aux champis qui barbouille sur des rochers des représentations du grand dieu singe : telle est la genèse de cette histoire de l'Art revisitée façon primate, de ses balbutiements à l'ère préhistorique à ses dérives contemporaines. Une fresque cynique, bourrée de références théoriques et de clins d'oeil picturaux, qui analyse avec lucidité une institutionnalisation de la création artistique marquée par ses liens intrinsèques avec le pouvoir et l'argent, où rien ni personne n'est épargné. Englués dans leur vanité et leur ambition, alléchés par le profit, les macaques se déchirent joyeusement dans une recherche constante de nouveauté qui confine parfois à l'absurde. Scandales et provocations finissent par faire de l'Art un vaste champ de spéculation où le public et l'État se félicitent de consommer du culturel - et peu importe s'ils n'y comprennent rien, car ce qui compte, c'est d'être dans le coup.À travers cette relecture iconoclaste autant que décalée, Benoît Preteseille pose la question de la légitimité d'une oeuvre d'Art. Des conventions bourgeoises d'un Art officiel au snobisme d'une élite bien-pensante, l'importance de ceux qui se croient habilités à juger de la valeur artistique d'une oeuvre a pris le dessus sur les qualités esthétiques réelles, vidant de son sens la définition même de l'Art. Et si tout renouveau passe par une rupture, il est peut-être temps de faire du passé table rase, pour redonner enfin à l'Art un nouveau souffle et une vraie liberté.
Troisième volume de l'anthologie que nous consacrons à Nicole Claveloux, Une gamine dans la lune est composé d'une dizaine d'histoires courtes réalisées à la fin des années 70. Ces récits au ton irrévérencieux abordent avec malice des thèmes chers à l'autrice, de la naissance de la sexualité à la place de la femme dans la société.Des sujets parfois tabous que Nicole Claveloux se plaît à bousculer et à tortillonner au gré de son imagination sans limite.Ce recueil permet également de saisir le regard si particulier que Nicole Claveloux porte sur l'enfance et l'apprentissage du monde. Se qualifiant elle-même de « bébé » ou encore de « clown qui n'aurait pas grandi », on perçoit à travers son oeuvre sa capacité à toujours se placer du côté de l'enfant, sans juger ses inhibitions ou ses maladresses. Une faculté qui fait d'elle aujourd'hui, l'unedes plus grande illustratrice de livres pour la jeunesse.À travers l'histoire Une gamine toujours dans la lune, qui raconte les rêves de menstruation d'une fillette, J'aime un économiste (avec Élisabeth Salomon au scénario), récit d'une femme harceleuse, ou encore les Crapougneries, véritable ode aux bêtises et aux interdits de l'enfance, Nicole Claveloux nous montre - encore une fois - toute la puissance évocatrice et désarmante de son talent, secouant au passage le féminisme militant des années 70 et la bien-pensance parentale.Une oeuvre intemporelle, pleine d'espièglerie et d'onirisme, qu'il est urgent de redécouvrir.
Le Rayon de la mort est le dernier opus de la série Eightball, dans laquelle Ghost World et Art School confidential ont vu le jour. On y retrouve les thématiques fétiches de Clowes, à savoir un mélange de parade éloquente et d'aliénation poignante tout en retournant brillamment les codes du superhéros. Selon les codes du genre, Andy, un adolescent orphelin et solitaire, acquiert des super pouvoirs, non pas au cours d'une expérience de chimie mais à force de tirer sur sa cigarette. Armé de sa prouesse dévastatrice et du rayon éponyme, notre héros prépare sa vengeance envers ses ennemis. Tandis que les héros de bandes dessinées ont tendance à habiter les grandes métropoles grouillantes de criminels et de criminologues, le monde où vit Andy est plus proche du nôtre, sans robots ni aliens, mais avec ses rivalités minableset ses arrangements mesquins. Face à une pénurie de vrais méchants mais hanté par un terrible désir de vengeance, Andy fait avec ce qu'il a sous la main : un assortiment de petites brutes, d'ersatz de rebelles et de jeunes losers. « À quoi bon avoir un pote avec des super pouvoirs, si on ne trouve même pas de criminels à buter ? » se plaint Louis, l'acolyte d'Andy.Allusion acide à la politique étrangère américaine doublée d'un sens aigu de l'ennui chez les adolescents, Le Rayon de la mort trahit la profonde affection de Dan Clowes pour les comics doublée d'une vive envie d'en déconstruire les codes.
Alors qu'il n'est encore qu'un jeune garçon plein d'espoir, Adrian Tomine se fait une promesse : il deviendra un jour un grand auteur de bande dessinée, aussi talentueux que John Romita. Mais voilà, comment transforme-t-on un rêve d'enfant en une longue carrière de dessinateur ?Avec beaucoup d'humour et d'autodérision, Adrian Tomine revient sur son parcours, un marathon solitaire semé de déceptions, de gaffes et d'humiliations. De la mauvaise critique à la dédicace foireuse, il livre sans fard les moments les plus embarrassants de sa carrière, explorant au passage sa relation conflictuelle avec la bande dessinée et son industrie.Pensé comme un carnet de croquis qui prend la forme d'un journal intime, l'ouvrage se fragmente en plusieurs chapitres chronologiques où chaque page utilise le même découpage. Usant d'un dessin épuré et sans couleur, Adrian Tomine bouscule son propre style en supprimant tout enjolivement pour mieux souligner l'honnêteté autobiographique de son propos. Pourtant, on rit volontiers du malaise et de la gêne qui se dégage de chaque situation Cinq ans après la publication de son dernier livre, Lesintrus, Adrian Tomine prouve sa capacité à se réinventer en proposant un ouvrage à la première personne, qui témoigne des difficultés et des désillusions rencontrées par les auteurs de bande dessinée. En exposant ainsi sa propre vulnérabilité, il délivre un portrait sincère et parfois douloureux d'une profession en manque de reconnaissance.
Fritz the Cat est sans conteste le personnage le plus célèbre de Robert Crumb, mais sa renommée repose sur une équivoque. La plupart des gens ne connaissent en effet Fritz que comme le héros du dessin animé que le réalisateur Ralph Bakshi a sorti en 1972, d'après les bandes dessinées de Crumb publiées quelques années plus tôt. Premier dessin animé classé X, le long-métrage de Bakshi a connu un tel succès commercial qu'il a durablement tordu la perception que l'on peut avoir du matou original, celui que Crumb dessinait depuis l'adolescence pour son propre plaisir.Le présent volume rétablit la véritable identité de Fritz, tel que l'a dessiné Robert Crumb : de sa première apparition en 1965 dans le magazine Help ! à sa mort violente en 1972 (en réponse au film de Bakshi), on le découvre étudiant glandeur, obsédé sexuel, révolutionnaire à-la-mie-de-pain, simili James Bond outrancièrement macho, héroïnomane en pleine déchéance, star vieillissante et cynique, c'est-à-dire l'antithèse des beautiful people du mouvement hippie d'alors... Faussement cool et vaguement ringard, Fritz synthétise la vision acérée que Crumb avait à l'époque des gens de sa génération.Inspiré, dans son graphisme contrasté et son découpage fluide, par les strips des classiques de la bande dessinée d'humour américaine des années 1920 et 30, Crumb, quand il dessine Fritz, se fait chroniqueur acerbe, à la manière de ses maîtres en satire Harvey Kurtzman et Jules Feiffer.
Le succès sans commune mesure de la bande dessinée au Japon, son ancrage dans la société, sa forme unique et ses thèmes de prédilection, s'expliquent une fois placés en regard de l'Ere Showa (1926-1989). Les biographies des pionniers du manga, de Vie de Mizuki de Shigeru Mizuki à Une vie dans les marges de Yoshihiro Tatsumi, témoignent autant de l'explosion d'un art populaire que de cette période parmi les plus complexes de l'histoire du Japon.La Vie de Mizuki rappelle qu'en un peu plus d'un siècle, cet archipel presque exclusivement constitué de villages de pêcheurs s'est mué en l'une des plus grandes puissances industrielles mondiales. Entre-temps, un élan de modernité et de nationalisme a emporté ses hommes vers la guerre, avant de rapatrier les survivants sur une terre occupée, en perte d'identité, en marche d'industrialisation forcée, démunie de son armée et de son besoin de produire de l'énergie.Cette société qui n'aurait plus besoin de se défendre ni de se nourrir allait accoucher d'une forme d'expression naturellement enfantine, mais d'une richesse indéniable : le manga. Shigeru Mizuki, cet artiste qui a ressuscité le goût du folklore au Japon, incarne plus que quiconque cette édifiante réaction artistique face au poids de l'Histoire : celle d'un homme qui a perdu un bras au combat et rentre dans son pays pour donner vie à un courageux fantôme à qui l'on a volé un oeil.Récit d'un destin hors du commun, témoignage unique sur la mutation d'un monde, Vie de Mizuki est une extraordinaire fresque romanesque qui embrasse un siècle de chaos et d'inventions.
Killing and Dying (Les intrus en VF) révèle les coulisses, les possibilités qu'offre le roman graphique et explore ironiquement la perte, l'ambition créative, l'identité, et les mécanismes familiaux. Avec ce travail, Adrian Tomine (Blonde platine, Scènes d'un mariage imminent) réaffirme sa place, non seulement comme l'un des créateurs de BD parmi les plus reconnus, mais aussi en tant que grande voix de la littérature américaine moderne. Son don pour capter les émotions et son intelligence résonnent ici : le poids de l'amour et de son absence, la fierté et la déception familiales, l'anxiété et l'espoir de vivre au XXIe siècle.Dans six histoires interconnectées, et terriblement drôles, Tomine dessine un portrait silencieux et mouvant de la vie contemporaine. « Amber Sweet » montre l'impact désastreux de la fausse identité dans un monde hyper-connecté ; « Une brève histoire sur une forme d'art plus connue sous le nom d'Hortiscuplture » détaille l'invention et la destruction d'une nouvelle forme d'art en courtes séquences ; « Traduit du japonais », est une vitrine luxuriante et haute en couleur de la narration par l'image ; l'histoire éponyme, « Killing and Dying », aborde la parentalité, la mortalité et l'art du stand-up.Adrian Tomine est un maître du petit mouvement, aussi habile à faire passer les émotions via un changement subtile de l'expression que par l'étirement de paysages colorés. En cela, Adrian Tomine est un digne héritier de Daniel Clowes et de Chris Ware. Le patchwork de Killing and Dying en fait un chefd'oeuvre tendu et réaliste.
Après Le garçon qui cherchait la peur, Giacomo Nanni chronique une histoire de famille, entre inconscient et réalité, bercée par la voix du King.16 août 1977 : Elvis Presley est retrouvé mort dans sa somptueuse villa de Graceland.Pourtant, un homme lui ressemblant à s'y méprendre a été aperçu le même jour achetant un billet pour Buenos Aires, sous l'un des pseudonymes de la star :John Burrows. Trente ans plus tard, au matin de l'anniversaire de la disparition du King, Lara Canepa reçoit un mystérieux paquet contenant un vieux 45 tours : une version italienne de la célèbre chanson That's someone you never forget de l'icône du rock'n roll. Un cadeau qui risque de faire remonter à la surface bien des non-dits, car l'histoire d'Elvis semble intimement liée à des secrets inavoués de la famille.Prisonniers d'une vie qui s'enfonce avec lenteur dans la monotonie, les personnages sont incapables de communiquer. Dans leur existence circulaire, comme fermée sur elle-même, ils se heurtent sans cesse aux souvenirs qu'ils ont tenté d'oublier.Leur histoire se dévoile alors par petites touches, dans un enchevêtrement lent matérialisé par le dessin même, entre rêve et réalité, à la frontière ténue entre l'inconscient et le conscient. Un récit profondément onirique, aux accents surréalistes, qui aborde avec poésie les relations amoureuses, la quête d'identité et, au-delà, l'impossibilité empirique de raconter une histoire « vraie ».
Mr. Natural est une des créations les plus connues de Robert Crumb, peut-être la plus sympathique. Il appartient à cette faune d'escrocs, évangélistes, faux prophètes et charlatans de tout poil, qui hante les Etats-Unis et que décrivent Herman Melville, Sinclair Lewis ou Harry Crews.Né on ne sait où, on ne sait quand, Fred Natural mène une existence picaresque, tour-à-tour guérisseur, magicien, chef d'orchestre, taulard, trimardeur et chauffeur de taxi en Afghanistan, avant réapparaître en 1967, dans les pages de Yarrowstalk, bien décidé à guider l'Amérique vers son salut.Entre Charles Manson et Aimee Semple McPherson, ce maître zen cynique et roublard arpente les rues de Chicago et de San Francisco, prêchant le renoncement aux biens matériels tout en cherchant un débouché commercial pour ses aphorismes.Traqué par des disciples crétins, qui exigent qu'il leur révèle le sens de l'univers, Mr.Natural les maltraite avec un sadisme bon enfant et, après un « Va te faire foutre ! » définitif, les fuit dans le désert, comme il sied à un véritable prophète.Qu'il botte le cul des féministes, se lance dans une diatribe antisémite ou vante les bienfaits du sperme dans l'alimentation des bébés, l'indestructible Mr. Natural offense les bonnes moeurs, outrage les consciences pures et parvient même à se faire expulser du Paradis. Il représente une Amérique plus forte, plus libre, plus anarchique, qui exploite la naïveté égocentrique des baby-boomers, mais en est aussi parfois la victime.
Longtemps attendu et réclamé par les fans, le huitième tome des aventures de Francis, le blaireau farceur, arrive enfin! Mais pour ceux qui n'auraient pas encore la chance de le connaître, qui est cet animal et à quoi occupe-t-il son existence champêtre?Francis, blaireau mâle de forte taille et de caractère impulsif, se promène dans la campagne. Parfois cherchant l'amour. Parfois sauvant le monde. De temps à autre, il veut mourir. Souvent, il rate sa vie où attrape des maladies. Ses différentes tribulations sont toutes réunies dans cette série instructive, qui a vu ses adeptes se multiplier comme des hamsters. Aujourd'hui, Francis revient et il a décidé de s'accorder des vacances bien méritées...Déjà un classique, l'animal est né dans les pages de l'obscure Sbrödf Review. Son destin, forcément farceur, a rencontré très tôt celui de la collection Delphine. Et bien lui en a pris. Rassemblant aujourd'hui une véritable communauté de lecteurs qui suivent avec délectations toutes ses cocasses mésaventures (aussi bien entre les pages de Fluide Glaciale que dans les albums publiés chez Cornélius) Francis est devenu un personnage inévitable des campagnes françaises, bondissant depuis plus de 20 ans à travers champs alors que ces auteurs poursuivent leurs expériences sur les animaux...Dans ce nouvel opus, Francis a décidé de prendre du bon temps et de se dorer un peu la pilule, mais rien n'est simple avec Francis et ce qui devait être un moment de détente risque fortement de tourner au carnage....
Ce nouveau volume de l'anthologie Robert Crumb rassemble des histoires publiées dans la revue Weirdo, créée avec sa femme, Aline Kominsky, au début des années 80.Elles marquent une évolution du dessinateur vers un style plus réaliste et plus sombre. Crumb y pastiche les Classic Illustrated qui prétendaient donner un vernis de culture aux comics en adaptant en bande dessinée des monuments de la littérature. Ses Klassic Komics utilisent l'imagerie crue et brutale des comics des années 50 pour rendre la violence et le désespoir d'oeuvres littéraires qui le touchent personnellement, comme La Nausée de Sartre ou la biographie de Jelly Roll Morton.Philip K. Dick, Sartre ou Boswell, chacun d'eux représente un aspect de Crumb, qui réalise ici un passionnant autoportrait éclaté. Mais l'ironie n'est jamais loin. Les escapades sexuelles de Boswell, traitées à la façon de Hogarth, sont l'occasion de ridiculiser le décalage entre les prétentions intellectuelles de l'homme et ses pulsions charnelles. Mais c'est avec un sérieux et une compassion inattendues que Crumb reprend 16 des 238 cas de perversions sexuelles recensés par le Psychopathia serualis : Etude médico-légale à l'usage des médecins et des juristes du baron psychiatre von Krafft-Ebing.Le lecteur retrouvera aussi le Crumb érotomane avec Bad Karma, fantasme en roue libre, oscillant entre désir de puissance et haine de soi, suivi d'un hommage étonnant à Bécassine, qui entre ainsi dans le Panthéon masturbatoire de Robert Crumb. Nausea est incontestablement l'un des meilleurs volumes de cette anthologie.
Authentique manga publié à partir de 1970 dans les pages du magazine Weekly Shonen Jump au Japon, Doc- teur Toilette raconte les aventures tonitruantes d'un ex- pert en caca. Entouré d'une bande de gamins montés sur piles et secondé par Miss Caca, sa délicieuse asssistante, le savant vaniteux tente d'instruire tant bien que mal le lecteur sur les nombreuses qualités de l'art de la selle.Donnant lieu à une suite de gags absurdes - qui n'au- raient rien à envier à un épisode de South Park - cet ovni de la bande dessinée japonaise nous entraîne dans un tourbillon de blagues potaches. Visage en forme de fesses, jets d'urine, crottes élastiques, pets en série ou seau de morve, c'est ici tout le champs lexical de la dé- goûtation qui est décliné.Déjanté et farfelu, Docteur Toilette emprunte le registre du cartoon pour enchaîner les situations grotesques à un rythme frénétique. Les personnages, plus survoltés les uns que les autres, sont emblématiques du « Kakawaï », cette mouvance typiquement japonaise qui consiste à transformer le répugnant en mignon. Unique en son genre, Docteur Toilette fut un énorme succès au japon, sa transgression des tabous hygiénistes lui attirant l'admi- ration d'écoliers horrifiés, qui le plaçaient fréquemment en tête des sondages du Weekly Shonen Jump.On avait entendu parler du Musée de la Crotte qui a ouvert ses portes en 2015 à Tokyo ; on connaît désormais son équivalent littéraire, le Docteur Toilette, un person- nage cacatastrophique et pipitoyable mais popotentiel- lement génial !
Venez découvrir Citéville, charmante agglomération fictive aux milles activités. Grâce à son réseau de transport qui vous dépose directement en vacances ou encore son super-marché Buy More qui vous permet d'acheter des objets inqualifiables à des prix approximatifs, Citéville offre un ensemble d'infrastructures de premier choix. Pour les parents insatisfaits, le Pôle Enfant simplifiera votre quotidien en vous proposant des offres de moutards adaptées à vos besoins. Quant aux seniors, ils couleront des fins de jours heureux à proximité de nombreux distributeurs de billets au sein de la Maison de retrait.Depuis plus de cinq ans, Jérôme Dubois construit la Citéville, un espace urbain imaginaire où l'absurde côtoie le quotidien. Autour de neuf lieux emblématiques, qui sont autant de chapitres du livre, se dessine les contours d'une ville austère où les aménagements modernes sont détournés au profit d'un environnement déshumanisé. Cynique et grinçant, Citéville est un ouvrage qui explore avec humour la violence les rapports sociaux et les contradictions de notre société.En miroir de Citéville, Jérôme Dubois dessine Citéruine, un univers parallèle où la ville est à l'abandon. Chaque case est minutieusement reproduite, vidée de ses habitants et plongée dans un décor délabré. Il a été confié aux éditions Cornélius de porter le destin de Citéville, tandis que les Éditions Matière accueillent Citéruine. Les deux villes communiquent et se complètent en deux ouvrages distincts dont les lectures simultanées ou différées sont autant de perturbations d'un même espace par le temps et ses affres.
Déposées sur une plage par un train qui se désagrège à leur arrivée, deux détectives (auxquelles les autrices prêtent leurs traits) débarquent à l'Hôtel du Petit boudin des dunes. Dans ce refuge de bord de mer, le temps s'écoule différemment. La mer monte quand elle en a envie et les méduses volent dans le ciel. Les habitués vaquent à leurs occupations au son du pianiste d'automne, jusqu'au jour où l'Homme triste disparaît mystérieusement...Dans cette oeuvre initialement parue en 1979 aux Humanoïdes Associés, Nicole Claveloux et Édith Zha nous entraînent dans un univers onirique et décalé où la magie s'engouffre à la moindre occasion. Sous la plume surréaliste d'Edith Zha, le dessin finement ciselé de Nicole Claveloux laisse libre cours à toute sa fantaisie.Ici, les couleurs pop de La Main verte laissent place à un dessin au trait d'une grande délicatesse, qui plonge le lecteur dans un mirage balnéaire.Le livre est complété par une introduction riche en documents inédits ainsi que par la série Louise XIV (entièrement en couleurs) qui débuta sa carrière dans Métal Hurlant avant de basculer vers Okapi, un transfuge qui laisse rêveur à une époque où les oeuvres destinées à la jeunesse ont abdiqué toute forme de subversion.De Moebius à Gustave Doré en passant par Lewis Caroll, l'oeuvre de Nicole Claveloux s'affranchit des limites avec gourmandise, enfourchant le plaisir d'imaginer avec une énergie unique qu'il est urgent de redécouvrir - ne serait-ce que pour se souvenir que la bande dessinée n'est pas condamnée à la fade représentation du réel.
Le quotidien d'un groupe d'adolescents est chamboulé lorsque deux jeunes filles sont retrouvées un matin, sauvagement assassinées aux abords du lycée. La présence de la police empêche Pola de dealer autour de l'école, le discret Daniel a des pulsions de plus en plus morbides, et la populaire Laurie commence à se remémorer des souvenirs traumatisants. La viede la petite bourgade est très vite rythmée par les flashs télévisés et la rumeur d'un dangereux meurtrier armé d'une batte se propage rapidement dans la ville. La fin des cours approchant, l'avenir semble incertain, pourtant chacun veut préserver l'illusion d'une éternelle insouciance. Mais le mal est pourtant bien là, dissimulé sous leurs yeux...Véritable hommage au cinéma de genre américain, L'Entaille nous plonge dans le quotidien d'une petite ville de bords de mer dont la tranquillité est soudainement rompue pars l'arrivée d'un tueur en série. On y retrouve ainsi tous les codes du slasher ou du teen movie qui sont ici habilement adaptés en bande dessinée. Les planches, entièrement réalisées au crayon papier, provoquent un sentiment d'irréalité proche du rêve éveillé et nous baignent instantanément dans une ambiance feutrée.Avec L'entaille, Antoine Maillard signe un récit initiatique contemporain où les adolescents quittent subitement le monde préservé de l'enfance pour affronter un univers d'adulte, inconnu et menaçant. Ainsi, l'intrigue centrale met en exergue les états d'âme juvéniles des personnages, leurs doutes et leur mal-être quotidien, dans des moments introspectifs qui renferment une forme de poésie.
Les fleurs rouges (1967-1968) et La vis (1968-1972) nous montraient Yoshiharu Tsuge atteindre la pleine puis- sance de son art et fonder le watakushi manga (la bande dessinée du moi). Cette troisième parution (chronologi- quement le premier volume de l'anthologie consacrée à Tsuge) propose de retrouver l'auteur alors qu'il vient d'inté- grer la revue Garo. Il n'en est pas à ses débuts - il a déjà presque dix ans de carrière derrière lui - mais il trouve dans l'opportunité que lui offre le magazine la possibilité de franchir une étape et de devenir un auteur à part entière.Plus classiques et plus faciles à lire, les nouvelles réunies dans Le marais sont encore marquées par les histoires qu'il dessinait pour les librairies de prêt. On retrouve dans ces premières oeuvresle vocabulaire du gekiga, appli- qué à des récits d'aventures situés à l'époque Edo. Mais le dessin et la narration témoignent encore de l'influence de Shirato Senpei, l'auteur phare de Garo, et de la figure tutélaire d'Osamu Tezuka.Pourtant, le ton se démarque du reste du magazine. Ce qui vaut à Tsuge des réactions négatives des lecteurs, qui ne comprennent pas le caractère novateur du Marais et de Tchiko, nouvelles tournant le dos à l'innocence et pré- figurant L'Homme sans talent (Atrabile), le livre avec le- quel Tsuge concluera sa carrière vingt ans plus tard. Déçu par ce manque d'enthousiasme, Tsuge cesse d'écrire pendant un an et devient l'un des assistants de Shigeru Mizuki, auprès duquel son dessin gagnera en maturité.Les lecteurs ne redécouvriront les onze joyaux qui composent ce volume que quelques années plus tard, lorsque le talent de Yoshiharu Tsuge les aura définitive- ment irradiés.
Publiées pour la première fois en album par Highwater Books en 2003, les aventures de Shrimpy et Paul (et leurs joyeux amis) entraînent le lecteur au coeur d'un univers improbable, imaginé par un Max Fleischer sous acide où des frères Warner virés mabouls. Des Laurel et Hardy déjantés affrontent avec un sérieux imperturbable une sexualité hasardeuse et les situations les plus grotesques. L'un perd ses tétons chéris, l'autre accouche par les genoux, tandis que des tours géantes poussent à l'intérieur de leur petite maison. Sous ses apparences cartoonesques, l'art de Bell plonge des racines profondes aussi bien dans le cubisme que dans la culture populaire, dans la Bible que dans le hard rock, et introduit dans la bande dessinée la technique du collage. Glanant les rogatons de la société de consommation, Marc Bell construit, avec ces matériaux de récupération, vieux numéros de Mad Magazine, figurines de Star Wars, briques de Lego, un univers surréaliste et loufoque. perd ses tétons chéris, l'autre accouche par les genoux, tandis que des tours géantes poussent à l'intérieur de leur petite maison. Sous ses apparences cartoonesques, l'art de Bell plonge des racines profondes aussi bien dans le cubisme que dans la culture populaire, dans la Bible que dans le hard rock, et introduit dans la bande dessinée la technique du collage. Glanant les rogatons de la société de consommation, Marc Bell construit, avec ces matériaux de récupération, vieux numéros de Mad Magazine, figurines de Star Wars, briques de Lego, un univers surréaliste et loufoque. Ce monde fourmillant, complexe et toujours logique dans son absurdité, rappelle les paysages inexplicables de Herriman. Bell le peuple de créatures plus ou moins anthropomorphes qui empruntent leur nom à la junk-food ( Shrimpy, Blimpy, Taco) ou à un gadget (Chia Man) et font de la vie quotidienne une aventure rocambolesque et hilarante, pleine de bruit et de non sens.