On ne présente plus Charles Burns, auteur du plus beau feuilleton graphique de la décennie, et on a tort. En effet, bien avant Black Hole ( Delcourt ), ce maître du noir et blanc produisit une ébouriffante série de chefs-d'oeuvre au trait magnifiquement ciselé et à l'ambiance d'une noirceur empreinte de cauchemar. Lorsqu'il dessine Big Baby, Charles Burns maîtrise à la perfection le style qui le rendra justement célèbre. Dans le prolongement des fameux EC Comics, il mène ici une étonnante exploration des désordres mentaux et de la violence ordinaire, avec cet humour tordu qui lui tient lieu de signature.
Après Toxic et La Ruche, Charles Burns signe avec Ca/averos la fin de sa trilogie chez Cornélius ...Quelques années après l'épisode de La Ruche, nous retrouvons Doug, jeune adulte grassouillet et un peu perdu dans la vie. Poursuivi par des fantômes et des regrets, il continue de dérouler jusqu'au bout le fil de sa vie passée et décide de retrouver son amour d'adolescent: Sarah ...Calaveros boude avec maestria toutes les intrigues déroulées au fil des précédents tomes. De quoi s'alimentent réellement les peurs de Doug? Qu'a-t-il cherché à fuir?Comment son alter ego tintinesque se sortira-t-il de cet étrange pays peuplé de lézards au service de la Ruche?Explorant dans ce tryptique sa fascination pour Hergé et William Burroughs, Charles Burns, pour sa première bande dessinée en couleurs, réussit un objet obscur et limpide à la fois, perdant le lecteur dans les méandres d'un univers instable et fascinant éclairé par la rigueur graphique qu'on avait pu apprécier dans Black Hole, et sublimé par un découpage et un art de la mise en abyme à leur paroxysme.
Le lien qui unit un chat et son maître a quelque chose d'indicible.Giacomo hanni s'est astreint à une forme d'ascétisme artistique durant une année pour en rendre compte : dessiner de manière quotidienne la vie de sa chatte, esterina, pour mieux en percer les secrets. à travers ses chroniquettes, c'est plus de dix ans de vie commune qu'il se remémore et nous confie, avec une simplicité narrative et graphique raffinée. ces micro récits journaliers scandent la merveilleuse aptitude des chats à vivre dans un temps qui leur est propre : siestes et phases contemplatives interrompues par de mystérieuses accélérations.S'inspirant de ce rythme imprévisible, giacomo rianni joue à son tour de l'espace temps, l'étirant et le comprimant à sa guise pour épouser au plus près ce qu'il imagine être la vie intérieure de l'animal.Le trait est limpide, élégant, retenu, multipliant les variations au gré des facéties d'esterina, qui n'hésite pas à intervenir dans le récit ou à se frotter contre les cases pour en faire plier les contours.En substituant la poésie au réalisme, giacomo marini réussit à évoquer ce qu'on devinait des chats et nous rend leurs miaulements plus énigmatiques que jamais.
Guimauves est une friandise sordide qui se déguste sans faim. Sa recette ?Un bonne dose de cruauté gélatineuse confite à l'angoisse. Tortionnaire de gamins, tueur de petits chiens ou cannibale affamé, les héros de ces courtes histoires cauchemardesques feraient pâlir le plus zélé des dictateurs. Mais rassurez-vous, en cas de malaise, vous pouvez toujours faire appelle à Mario, la mauvaise conscience visqueuse qui vit dans votre sperme ou tout simplement vous remettre moralement avec un bon sandwich.Réédité dix-neuf ans après sa première version (aujourd'hui complètement introuvable), Guimauves change de peau, enfle considérablement mais ne se périme pas. Plus d'une soixantaine de pages sont ajoutées à l'édition d'origine, de quoi régaler les lecteurs gourmands et avides de sucreries sanglantes.Le style de Blanquet, intense et indémodable, grouille de détails fétides et transpire le second degré. Horreur et humour, voici la recette de cet ouvrage. Chaque page est un régal qui vient nous hanter, un songe graphique virant rapidement à l'obsession. Ouvrez Guimauves et vous connaîtrez enfin le plaisir de la caresse d'un moignon...
Après cette ville te tuera, voici le deuxie?me volume d’une copieuse anthologie consacre?e a? l’œuvre de Yoshihiro Tatsumi !Yoshihiro Tatsumi se de?tache, a? la fin des anne?es 1950, des re?cits d’aventures utopistes pour enfants et invente un genre uniquement destine? aux adultes: le gekiga («images dramatiques ou the?a?trales»). Forme d’e?criture nouvelle, autant sur le plan the?matique que graphique, le gekiga apparai?t, re?trospectivement, comme la premie?re tentative de the?orisation de la bande dessine?e japonaise.A? cette e?poque, Yoshihiro Tatsumi cherche une grammaire pour de?noncer, nouvelle apre?s nouvelle, l’envers de la modernite? japonaise.Il pre?fe?re aux se?quences dynamiques les images sombres, cruelles et urbaines ; aux longs dialogues, le mutisme des hommes et le bruit des machines.Sous l’occupation ame?ricaine, l’archipel connai?t de grandes transformations sociales, a? commencer par un exode rural massif et une explosion des me?galopoles. Et face a? l’euphorie et a? l’e?loge de la modernite? ve?hicule?es par le manga pour la jeunesse, Tatsumi oppose les exclus et les victimes de cette transformation sociale.Pe?re de la bande dessine?e adulte et d’une nouvelle manie?re de raconter en images, Yoshihiro Tatsumi se fait e?galement le portraitiste terriblement juste d’un monde bouleverse?.
Pendant les six années nécessaires à la composition de la trilogie Toxic, Charles Burns développe un incroyable univers de ses trois ouvrages.Planches inédites, couvertures fictives de comics, photographies, pages de mangas imaginaires, ou encore l'invention d'un alphabet insolite viennent accentuer les reliefs de cette histoire sans précédent.Rassemblés en une édition, ces travaux sont autant de clins d'oeil et de références croisées tout au long du parcours de Doug - personnage principal de la trilogie - et qui sont ici donnés à voir dans leur globalité. Last look multiplie ainsi les allers-retours avec Toxic, La Ruche et Calavera, entrelaçant les fines frontières entre l'oeuvre finale et son élaboration. Bien plus qu'un simple renvoi à la genèse d'une histoire, Last look s'envisage comme un prolongement fantasmagorique qui étend la cartographie du monde irréel dans lequel évolue les personnages de la trilogie. Véritable exploration graphique, les illustrations présentées mélangent anglais et langue inventée, renforçant le sentiment d'une excursion dans un pays inconnu.Avec habilité et finesse, Charles Burns nous transporte dans son univers et nous amène à rêver que l'histoire continue après avoir tourner la dernière page.
Jamais, depuis Quichotte et Panza, ou Laurel et Hardy, on ne vit un couple de héros aussi mal assorti. Fuzz est un nounours, battu et jeté à la poubelle par un sale gamin. Coq d'élevage, plumé et promis à l'abattage, Pluck est en cavale. L'un est aussi craintif et passif que l'autre est arrogant et agressif.Après avoir été vendus comme esclaves, après avoir subit la famine et frôlé la mort, après avoir combattu dans un arène d'animaux gladiateurs et fait sauter un pont, nos deux héros se retrouvent pour de nouvelles aventures toujours plus rocambolesques! Dans ce nouvel opus, Fuzz et Pluck découvre l'existence d'un arbre à pèze sur lequel pousse des billets de banque. Cette curieuse plante signifierait-elle la fin de la galère pour nos deux amis?L'ingéniosité stylistique dont fait preuve Ted Stearn, ne cesse de surprendre.Dans ce troisième tome, l'auteur multiplie les découpages audacieux, s'amuse avec le rythme de la narration et développe de nouveaux personnages complètement loufoques. L'ensemble est rehaussé par une qualité graphique indéniable et un humour à tout épreuve. La suite de Fuzz et Pluck promet de ravir ses nombreux fans et d'en conquérir de nouveaux.
3, le livre par lequel Hugues Micol avait fait son apprentissage de la bande dessinée, s'ouvrait sur un homme avalant un poisson et s'achevait, au bout de 160 pages d'une poursuite insensée, devant l'encombrant cadavre de Poséidon.La suite, Séquelles, nous entraînait encore plus loin dans la folie d'un Tokyo factice et décalé, où les monstres se multiplaient à la façon de poupées russes.Avec Tumultes, les sirènes nymphomanes et les divinités hostiles viennent ravager un monde hésitant entre burlesque et hallucination, pour nous donner l'un des plus beaux ovnis du 9e art.Hugues Micol bouscule les mythologies et les codes graphiques, son dessin illuminé convoquant, entre divinités et gangsters, les ombres de Jack Kirby et Akira Kurosawa. Puisant sa verve hilarante dans des délires coupables et empoignant sa création à bras le corps, Micol vocifère, s'esclaffe, et éclabousse le lecteur de son talent jubilatoire.3 était une performance graphique, superbe chorégraphie muette et improvisée.Séquelles reprenait le même motif en dotant les personnages de la parole et en offrant du sens et de l'humour à cet univers sous acide. Tumultes va plus loin et réussit la prouesse d'emboîter a posteriori chaquedétail, transformant ce qui ressemblait à un délire en un récit à la logique implacable. Un coup de maître.
Killing and Dying (Les intrus en VF) révèle les coulisses, les possibilités qu'offre le roman graphique et explore ironiquement la perte, l'ambition créative, l'identité, et les mécanismes familiaux. Avec ce travail, Adrian Tomine (Blonde platine, Scènes d'un mariage imminent) réaffirme sa place, non seulement comme l'un des créateurs de BD parmi les plus reconnus, mais aussi en tant que grande voix de la littérature américaine moderne. Son don pour capter les émotions et son intelligence résonnent ici : le poids de l'amour et de son absence, la fierté et la déception familiales, l'anxiété et l'espoir de vivre au XXIe siècle.Dans six histoires interconnectées, et terriblement drôles, Tomine dessine un portrait silencieux et mouvant de la vie contemporaine. « Amber Sweet » montre l'impact désastreux de la fausse identité dans un monde hyper-connecté ; « Une brève histoire sur une forme d'art plus connue sous le nom d'Hortiscuplture » détaille l'invention et la destruction d'une nouvelle forme d'art en courtes séquences ; « Traduit du japonais », est une vitrine luxuriante et haute en couleur de la narration par l'image ; l'histoire éponyme, « Killing and Dying », aborde la parentalité, la mortalité et l'art du stand-up.Adrian Tomine est un maître du petit mouvement, aussi habile à faire passer les émotions via un changement subtile de l'expression que par l'étirement de paysages colorés. En cela, Adrian Tomine est un digne héritier de Daniel Clowes et de Chris Ware. Le patchwork de Killing and Dying en fait un chefd'oeuvre tendu et réaliste.
À l'été 1982, se mettant lui-même au défi de produire plus de pages, Chester Brown improvise des histoires. Sa compagne l'encourage à publier ces planches sous forme de fanzine. le premier numéro de Yummy Fur paraît en juillet 1983. C'est dans ces pages que naît Ed, personnage lunaire et naïf, entre Harry langdon et Little Orphan Annie.Ce clown malchanceux subit les pires indignités. Il est enfoui sous une montagne de merde, voit son gland remplacé par la tête d'un Ronald Reagan improbable .. .Ses aventures mêlent macabre et scatologie, horreur et science-fiction, sexe et religion, fiction et autobiographie. Brown fait feu de tout bois, adopte l'imagerie catholique, tout en ridiculisant l'homophobie et mettant en scène vampires et savants fous. Sans surprise, son refus de l'autocensure lui vaut d'être accusé de perpétuer des stéréotypes racistes ou sexistes. Le livre est en réalité un véritable OVNI, burlesque, jouissif et profondément dérangeant.En 1989, Chester retravaille ce seriai déjanté pour le transformer en «roman graphique ». Puis il le modifie à nouveau en 2005 et en 2012 pour aboutir à cette version définitive qui, grâce à ses notes inédites donne un extraordinaire aperçu du processus créatif de l'auteur.Ed the happy clown ne sera pas le Tintin de Chester Brown, qui l'abandonne à son sort et met en avant Josie et Chet, les amants tragiques, dont la fin révèle soudain un univers plus proche des Louvin Brothers que de Charles Schulz.
Alerte ! Enid et Becky, les enfants terribles de Daniel Clowes, sont de retour ! Et elles n'ont pas perdu une once de cynisme.Enfin ! Le temps est venu pour Ghost world de rejoindre le catalogue Cornélius, auprès du reste de la progéniture de Daniel Clowes (David Boring, Wilson, Mister wonderful), le grand peintre de la cruelle banalité de la vie quotidienne.Près de vingt ans après sa première parution chez Fantagraphics Books, Ghost world, dont les héroïnes ont toujours la peau grasse, est LE roman graphique emblématique de l'adolescence désabusée. Clowes s'immisce dans la vie d'Enid et Becky, à cet âge ingrat qu'elles sont prêtes à quitter, non sans regrets inavoués.En retraçant l'été des deux amies jusqu'ici inséparables - mais cela ne saurait durer - Ghost world évoque leur petite existence minable, dans un bled tout aussi minable du fin fond des États-Unis.Enid Coleslaw (mais ?! c'est l'anagramme de Daniel Clowes !) et Rebecca Doppelmeyer posent un regard glacial sur le monde et les adultes qui le peuplent, à commencer par leurs parents, qui ne sont pour elles que des enveloppes charnelles sans convictions à qui elles désespèrent de ressembler un jour. Va pourtant se poser la question, à l'issue du récit, de savoir ce qu'il adviendra de leur vie désormais.Une fois encore, Daniel Clowes crache au visage de l'Amérique conformiste et propose sa vision d'un « monde de fantômes » vide de sens, où des étincelles de beauté peuvent naître là où on ne les attend pas.
Récit onirique d'un corbeau mélancolique et d'une jeune fille rêveuse, La Main verte est paru pour la première fois dans le magazine Métal Hurlant en 1977 avant d'être édité l'année suivante aux Humanoïdes associés. Cette histoire fantasmagorique aux couleurs psychédéliques nous entraîne dans un univers surréaliste où les plantes parlent toute seule et les maîtres d'hôtel font des mots croisés. Comme dans une suite de rêves, le récit est divisé en plusieurs épisodes qui s'entremêlent subtilement. on retrouve dans ces pages l'influence de dessinateurs tels que moebius ou druillet mais aussi celle de l'illustrateur tchécoslovaque Heinz edelmann.Le livre est complété par de nombreuses histoires courtes, pour la plupart parues dans le recueil Le Petit Légume qui rêvait d'être une panthère et autres récits et dont certaines étaient restées jusqu'alors inédites.Scénarisés et illustrés par Nicole Claveloux, ces récits en noir et blanc au trait fin abondent de détails et de touches d'humour absurde. D'une grande richesse graphique, les dessins de Nicole Claveloux possèdent une force évocatrice intemporelle qui s'imprime immédiatement dans l'imaginaire des adultes comme des enfants.De Topor à Gustave Doré en passant par Lewis Caroll, son oeuvre convoque de nombreux croisements tout en possédant une énergie unique qu'il est temps de redécouvrir. Ce premier ouvrage de rééditions consacré à l'oeuvre de Nicole Claveloux en bande dessinée adulte.
Mitchum constitue une aventure artistique aussi fascinante qu'originale. Libre d'inventer comme d'enfreindre ses propres règles, Blutch y esquive les pièges de la virtuosité pour laisser la seule émotion guider sa main. Interrogeant sous différents axes les thèmes du regard, de l'artiste et du modèle, Blutch capte avec sensualité les chassés-croisés sentimentaux ou les visions nocturnes angoissantes. Les images qui surgissent de ces fulgurantes improvisations sont une plongée sans carte ni boussole au coeur d'un univers intime et onirique en perpétuelle mutation. La présente édition de Mitchum compile en un volume les cinq 'comix' initialement parus, en les enrichissant de nombreuses pages et dessins inédits. Une occasion privilégiée de voir la bande dessinée en mouvement et de revivre une performance qui aura marqué autant les esprits que son auteur lui-même.
Après avoir mené l'assaut des cadavres vivants sur ceux qui la retenaient prisonnière, la nécrophile Frieda et son servile Necron s'enfoncent dans la jungle. Dans leur périple, ils croisent un couple d'aventuriers en quête d'or ; la doctoresse Boher subtilise à coup de scalpel la carte tatouée sur le sexe de l'un pour trouver le maillon et se l'approprier. Le soir venu, elle ordonne à Necron de faire la garde, malheureusement pour elle, il faillit à sa mission pour partir s'envoyer en l'air avec des Pygmées. Bien décidée à récupérer son dû, elle accepte de faire combattre son esclave ultra-membré avec Kring Krong, gigantesque gorille qui sert Dom Joao le chef de la tribu. Vainqueurs de ce combat des monstres, le duo part en piètre état se réfugier loin d'eux, mais c'est sans compter sur leur rencontre avec le Pr. von Drak et son énigmatique (et poilue) assistante Virginia. il y a du vampire dans l'air !
Mitchum constitue une aventure artistique aussi fascinante qu'originale, qui permet à Blutch d'explorer les nombreuses pistes que lui ouvre la virtuosité de son trait. Libre d'inventer comme d'enfreindre ses propres règles, il y esquive les pièges pour laisser la seule émotion guider sa main.Entièrement dédiées au geste et au plaisir de raconter, ces pages sont un miracle d'épure et d'équilibre. Interrogeant sous différents axes les thèmes du regard, de l'artiste et du modèle, Blutch capte avec sensualité les chassés-croisés sentimentaux ou les visions nocturnes angoissantes.Les images qui surgissent de ces fulgurantes improvisations sont une plongée sans carte ni boussole au coeur d'un univers intime et onirique en perpétuelle mutation.Cette intégrale de Mitchum compile en un volume les cinq « comix » initialement parus chez Cornélius dans les années 90, en les enrichissants de nombreuses pages et dessins inédits. Une occasion privilégiée de voir la bande dessinée en mouvement et de revivre une performance qui aura marquée autant les esprits que son auteur lui-même.